Massiré Tounkara, la fine bulle de la BD malienne

Massiré Tounkara est arrivé à la bande dessinée de façon naturelle :  » C’était quelque chose qui était là, inné tout simplement… »

Enfant, il dessinait un peu partout, sur les murs, sur les portes. C’est à Niafunké où il a grandi, qu’il a découvert ses premiers héros dessinés. À 12 ans, il entreprit avec un ami qui fréquentait comme lui la bibliothèque et avec qui il dévorait les albums de Lucky Luke et d’Iznogood, de faire sa première bande dessinée. Tel fut le prélude d’une passion qui allait rapidement se transformer en métier.

Le parcours de Massiré est fait d’évidences et de rencontres fortuites comme lorsqu’il se rends à l’Institut National des Arts à la recherche de conseils en coloriage. Il y avait beaucoup de monde ce jour-là, et pourtant c’est directement vers Modibo Sissoko qu’il se dirige. Ce peintre était un grand amateur de bande dessinée et disposait d’un ouvrage qui détaillait toutes les techniques de dessin. Il offre ses premiers pinceaux à Massiré et lui conseille des aquarelles. C’est également par un heureux concours de circonstances qu’il a pu recevoir sa première formation technique pour participer aux Rendez-vous de la BD d’Amiens (en France) et rencontrer son indéfectible partenaire, Julien Batandéo, avec lequel il enchaîne projets, salons et festivals.

Un univers fantastique…

L’univers de Massiré est fait de fantastique et de science-fiction. C’est là qu’il a trouvé l’inspiration de son tout premier album Yona, la nouvelle planète ». C’est à cet environnement qu’il retourne dès qu’il en a l’occasion. Mais au gré des collaborations et des évènements, son univers s’est métissé. Tantôt sombres et mystérieux, tantôt gais et chatoyants, les dessins de Massiré nous entraînent au gré de planches diversifiées. Ses personnages sont soit lugubres ou inquiétants comme ceux de « Black », son projet en animatic, parfois pétillants ou mutins comme « Issa et Wassa », les cousins protecteurs de l’environnement, voire truculents comme ceux des « Jumeaux à la recherche de leur mère ». Ils peuvent aussi faire figure d’anti-héros comme Alpha, le « Gaston Lagaffe » de Tombouctou. Ce mélange des genres est un peu à son image. Car Massiré Tounkara est tout à la fois rigueur et fantaisie, rêve et pragmatisme. Mais il est surtout dynamisme et volonté !

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L’ambition de Massiré, c’est d’assurer la promotion d’un art marginalisé en Afrique, et ses acteurs trop souvent isolés. Le contexte est difficile mais le potentiel est là. Avec Julien Batandéo et Georges Foly, il tente de structurer leur activité afin d’en faire un métier à part entière. Ensemble, ils ont mis sur pied le centre de la BD de Bamako, une structure qui leur permet d’encadrer et de rémunérer leur travail et qui organise ces jours-ci le 3ème Salon de la Bande Dessinée au Centre international de conférences de Bamako.

Ainsi, de Bruxelles à Alger et d’Amiens à Bamako, Massiré l’autodidacte est rapidement devenu un professionnel. Des bulles plein la tête et le crayon à la main, il représente aujourd’hui la nouvelle génération d’un art en devenir et qui se donne les moyens de réussir.

Article paru sur JDM (www.journaldumali.com)

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